Archives quotidiennes : 12 juin 2011

Marinaleda : un modèle d’auto-gestion unique en Europe

Une alternative au capitalisme réalisée à moins de 2000 km de chez nous et qui fonctionne depuis plus de 30 ans sans que je n’en aie jamais entendu parler ? A la première occasion, c’est donc sac à dos, train, bus et autostop que j’irai pour vérifier si cette belle utopie existe vraiment…
Comme c’est Pâques, je tombe en pleine Semana Santa. Au village voisin on m’avertit : « Leur maire est un fou, quand nous autres, Espagnols, faisons des processions religieuses, eux ils font la fête pendant 5 jours »
J’apprends que la fête de la paix qui tombe durant la Semaine Sainte y est effectivement une tradition depuis plusieurs années et beaucoup de jeunes de Sevilla, Granada ou Madrid ont rejoint les villageois. Des lectures, des films ou une conférence, en solidarité avec la Palestine, ainsi qu un appel au boycott des produits israéliens ouvrent les soirées de concerts et de fête. Pour les nuits, l’immense complexe poly-sportif reste ouvert pour loger les visiteurs de l’extérieur. Une première auberge est en construction.
En tant que membre de l’association de solidarité Suisse-Cuba, je m’étais déplacée pour voir s’il existait effectivement une expérience socialiste un peu similaire à la révolution cubaine ici en Europe et j’en ai eu pour mon compte.

Le droit à la terre et au travail
A Marinaleda aussi, il a fallu d’abord passer par une réforme agraire. « La lutte révolutionnaire du peuple cubain a été une lumière pour tous les peuples du monde et nous avons une grande admiration pour ses acquis », m’explique Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire communiste, réélu depuis 31 ans. Il était le plus jeune édile d’Espagne en 1979. En 1986, après 12 ans de luttes et d’occupations où les femmes ont joué le rôle principal, ce village a réussi à obtenir 1200 ha de terre d’un grand latifundiaire, terre qui a aussitôt été redistribuée et transformée en coopérative agricole de laquelle vit aujourd’hui presque tout le village. « La terre n’appartient à personne, la terre ne s’achète pas, la terre appartient à tous ! ».
A la ferme de la coopérative, EL HUMOSO, les associés travaillent 6.5h par jour, du lundi au samedi, ce qui donne des semaines de 39 h. Tout le monde a le même salaire, indépendant de la fonction. 400 personnes du village les rejoignent pendant les mois de novembre à janvier (olives), et 500 en avril (habas, haricots de Lima).
La récolte (huile d’olive extra vierge, artichauts, poivrons, etc.,) est mise artisanalement en boite ou en bocal dans la petite fabrique HUMAR MARINALEDA au milieu du village où travaillent env. 60 femmes et 4-5 hommes en bavardant dans une ambiance décontractée. Le tout est vendu principalement en Espagne. Une partie de l’huile d’olive part pour l’Italie qui change l’étiquette et la revend sous un autre nom. « Nous avons la meilleure qualité, mais malheureusement, c’est eux qui ont les canaux pour la commercialisation » m’explique un travailleur de la ferme. Avis donc aux magasins alternatifs de chez nous pour leur proposer un marché direct…
Les bénéfices de la coopérative ne sont pas distribués, mais réinvestis pour créer du travail. Ça a l’air si simple, mais c’est pour cela que le village est connu pour ne pas souffrir du chômage. En discutant avec la population, j’ai pourtant appris qu’à certaines époques de l’année, il n’y a pas assez de travail dans l’agriculture pour tous, mais que les salaires sont tout de même versés. Comme à Cuba, l’habitation, le travail, la culture, l’éducation et la santé sont considérées comme un droit. Une place à la crèche avec tous les repas compris coûte 12 euros par mois. A nouveau, ça rappelle Cuba où l’éducation est gratuite, depuis la crèche jusqu’à l’université.

Les maisons auto-construites
Plus de 350 maisons ont déjà été construites par les habitants eux-mêmes. Il n’y a pas de discrimination et l’unique condition pour une attribution est de ne pas déjà disposer d’un logement. La municipalité met à disposition gratuitement la terre et les conseils d’un architecte, Sevilla fait un prêt des matériaux. Les maisons ont 90m2, deux salles d’eau et une cour individuelle de 100m2 où on peut planter ses légumes, faire ses barbecues, mettre son garage ou agrandir en cas de besoin. Comme dans certaines régions à Cuba, un groupe de futurs voisins construisent ensemble pendant une année une rangée de maisons mitoyennes sans savoir encore laquelle sera la leur. Une fois le logement attribué, les finitions, l’emplacement des portes, les ouvertures peuvent être individualisées par chaque famille. Le loyer se décide en réunion du collectif. Il a été arrêté fixé à moins de 16 euros par mois. Les constructeurs deviennent ainsi propriétaires de leur maison, mais elle ne pourra jamais être revendue. (En dehors de l’auto-construction, j’ai rencontré une famille qui loue à 24 euros par mois ainsi que la seule ouvrière de la fabrique Humar Marinaleda qui vient de l’extérieur et qui paye, elle, 300 euros pour son logement. Les personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent y passer deux ans d’accoutumance avant une décision définitive).
Le coiffeur, qui fait plutôt partie de la minorité de l’opposition, est propriétaire de sa maison et se plaint de devoir travailler quand même. A ma question, pourquoi il ne vend pas sa maison à une des nombreuses familles espagnoles qui aimeraient venir rejoindre ce village, il dit qu’il y a tout de même aussi des avantages de rester ici. (L’opposition serait financée par le PSOE, Partido socialisto obrero espagnol, selon certaines sources).
MARINALEDA – http://www.npa2009.org Ce samedi de Pâques, les intéressé-e-s sont invités à la mairie pour une petite conférence. Le maire nous explique son point de vue sur différents points avant de répondre à nos questions. En voici quelques extraits ou résumés :

S’organiser
« Il faut lutter unis. Au niveau international, nous sommes connectés avec Via campesina, puis nous nous sommes organisés syndicalement et politiquement », nous communique le maire. Esperanza, 30 ans, éducatrice de profession, conseillère sociale bénévole de la municipalité, m’avait déjà expliqué ceci la veille au « syndicat », bar et lieu de rencontres municipal : « Ici, nous avons fait les changements depuis le bas, avec le SAT, syndicat de travailleurs d’Andalousie, anciennement SOC, syndicat fondé en 76, juste après Franco, et avec la CUT, collectif unitaire de travailleurs, parti anticapitaliste ».
Pas de gendarme
« Nous n’avons pas de gendarmes ici – ça serait un gaspillage inutile » Les gens n’ont pas envie de vandaliser leur propre village. « Nous n’avons pas de curé non plus –gracias à Dios ! » plaisante le maire. La liberté de pratiquer sa religion est pourtant garantie et une petite procession religieuse timide défile discrètement, sans spectateurs, dans le village en évitant la place de fête.
Le capitalisme ?
« La crise ? Le système capitaliste a toujours été un échec, la crise ne date pas d’aujourd’hui. L’avantage de la crise : le mythe du marché est tombé (…) Les réalités sont toujours les mêmes : quelque 2% détiennent 50% de la terre (…). Ceux qui veulent réformer le capitalisme veulent tout changer pour que rien ne change ! Dans le capitalisme, on a des syndicats de régime et non pas des syndicats de classe, il y a beaucoup d’instruments d’aliénation, pas de liberté d’expression, seulement la liberté d’acquisition (…) A Marinaleda, nous serons les premiers quand il s’agit de lutter et les derniers à l’heure des bénéfices. »

Démocratie
« Nous pratiquons une démocratie participative, on décide de tout, des impôts aux dépenses publiques, dans des grandes assemblées. Beaucoup de têtes donnent beaucoup d’idées. Nos gens savent aussi qu’on peut travailler pour d’autres valeurs qu’uniquement pour de l’argent. Quand nous avons besoin ou envie, nous organisons un dimanche rouge : par exemple certainement dimanche après cette fête, il y aura assez de jeunes volontaires qui viendront nettoyer la place ou préparer un petit déjeuner pour les enfants et tout ceci pour le plaisir d’être ensemble et d’avoir un village propre (…). La démocratie doit être économique et sociale, pas seulement politique. Quant à la démocratie politique, la majorité 50%+1 ne sert à rien. Pour une vraie démocratie, il faut au moins 80-90% d’adhérents à une idée. D’ailleurs, toutes nos charges politiques sont tous sans rémunération ».

Luttes futures et amendes…
Le maire appelle à participer à la grève générale annoncée par le SA pour ce 14 avril, en solidarité avec les sans terres en Andalousie qui ne bénéficient pas encore de leur droit à la terre et aussi pour nos revendications à nous. Il préconise aussi la nécessité de nationaliser les banques, l’énergie, les transports, etc. Nous devons 20-30 millions de pesetas d’amendes pour nos luttes différentes…
La culture, les fêtes
« Nous faisons beaucoup de fêtes avec des repas communs gratuits, et il y a toujours assez de volontaires pour organiser tout cela. La joie et la fête doivent être un droit, gratuites et pour tous. Ce n’est pas la mayonnaise des médias qui vont nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une culture à nous. »

Expérience sociale unique en Europe
Avec un sol qui n’est plus une marchandise, mais devenu un droit pour celui qui veut le cultiver ou l’habiter, une habitation pour 15 euros par mois, du sport ou la culture gratuits ou presque (piscine municipale 3 euros pour la saison), un sens communautaire de bien-être, je pense pouvoir dire que Marinaleda est une expérience unique en Europe. Chaque samedi d’ailleurs, le maire répond également aux questions des villageois présent-e-s à la maison communale sur la chaîne de la TV locale. Cela nous rappelle l’émission « Alô présidente » de Hugo Chavez, un autre leader pour lequel Gordillo a exprimé son admiration.

La désinformation
Apaga la TV, enciende tu mente – Eteins la TV, allume ton cerveau, ce premier mural m’avait frappé, il se trouve jusqu’en face de la TV locale… A ma question en lien avec la désinformation, Juan Miguel Sanchez Gordillo me fait part de son plan d’écrire un livre sur « Los prensatenientes » – la demi-douzaine de transnationales qui possèdent les médias dans le monde. « Pendant que la gauche écrit des pamphlets que personne ne lit, la droite économique, la grande bourgeoisie, installe chez toi plein de canaux de télévision racontant tous les mêmes valeurs et propageant la même propagande mensongère. (…) Au niveau de l’information, l’éducation est très importante » et, en ce qui concerne le programme national de l’éducation, cela ne lui convient pas. Jean Manuel Sanchez Gordillo me confie donc qu’il compte venir bientôt en Suisse pour étudier notre système d’éducation qui est organisé au niveau cantonal… Probablement il pense que nous sommes une vraie démocratie avec des programmes scolaires indépendants du pouvoir…

Des expériences alternatives au capitalisme qui font peur
Par rapport aux médias, la question que je me pose à nouveau est la suivante : Pourquoi l’expérience de Marinaleda est si mal connue en Espagne ainsi qu’auprès de nos édiles ? Pourquoi Cuba, cas d’école au niveau mondial en ce qui concerne la désinformation, mérite un budget annuel de 83 millions de dollars de la part des Etats-Unis, consacrés uniquement au financement de la désinformation et des agressions contre ce petit pays ?
Y aurait-il des alternatives au capitalisme qui fonctionnent depuis longtemps et qui font si peur à certains ?

Andrea Duffour Association Suisse-Cuba http://www.cuba-si.ch
Pour plus d’information : http://www.marinaleda.com
(1) Nouveau Parti Anticapitaliste, http://www.npa2009.org, article du 10.1.2010

 

Introduction à la cité de l’Aurore

http://www.pondichery.com/french/auroville/

POUR TOUT CEUX QUI VEULENT VIVRE AUTREMENT !  SANS ETRE ENDOCTRINER DANS UNE SECTE !

ET VIVRE EN HARMONIE AVEC LA NATURE , SOI MEME ET LES AUTRES ……….DANS UN SYSTEME D’ECHANGES ET DE PARTAGES ………..

L’utopie d’Auroville
Mardi 8 août 2006, par Hobbit, Zerfougnou // Utopies
L’aventure d’Auroville (abréviation d’Aurore-ville) en Inde, près de Pondichéry, compte parmi les plus intéressantes expériences de communauté humaine utopique.

 Un philosophe bengali, Sri Aurobindo, et une philosophe française, Mira Alfassa (« Mère »), entreprirent en 1968 d’y créer « le » village idéal. Cette cité aurait la forme d’une galaxie afin que tout rayonne depuis son centre rond. Ils attendaient des gens de tous les pays. Y vinrent seulement des Européens en quête d’un utopique absolu. Hommes et femmes construisirent des éoliennes, des ateliers d’objets artisanaux, des canalisations, un centre informatique, une briqueterie. Ils implantèrent des cultures dans cette région pourtant aride.

Mère écrivit plusieurs volumes relatant ses expériences spirituelles. Et tout alla pour le mieux jusqu’à ce que des membres indiens de la communauté décident de déifier Mère de son vivant. Elle déclina d’abord cet honneur. Mais Sri Aurobindo étant mort, il n’y avait plus personne d’assez puissant à ses côtés pour la soutenir. Elle ne put résister longtemps à ses adorateurs. Ils la murèrent dans sa chambre et décidèrent que puisque Mère se refusait à devenir déesse de son vivant, elle serait une déesse morte. Elle n’avait peut-être pas pris conscience de son essence divine mais cela ne l’empêchait pas pour autant d’être une déesse.
Les images des dernières apparitions de Mère la montrent prostrée et comme sous le coup d’un choc. Dès qu’elle essaie de parler de son incarcération et du traitement que lui infligent ses adorateurs, ceux-ci lui coupent la parole et la ramènent dans sa chambre. Mère devient peu à peu une vieille dame ratatinée par les épreuves que lui imposent jour après jour ceux qui prétendent la vénérer. Mère parviendra quand même à transmettre clandestinement un message à des amis d’antan : on cherche à l’empoisonner afin de faire d’elle une déesse morte, donc plus facilement adorable. L’appel au secours restera vain. Seront immédiatement exclus de la communauté ceux et celles qui tenteront d’aider Mère. Ultime moyen de communication : entre ses quatre murs, elle joua de l’orgue pour exprimer son drame. Rien n’y fit. Probablement victime d’une forte dose d’arsenic, Mère mourut en 1973. Auroville lui réserva des funérailles de déesse.
 Le rêve de Mirra
« Un Rêve. Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire : « Il est à moi » ; où tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme un citoyen du monde, et n’obéir qu’à une seule autorité, celle de la suprême vérité ; un lieu de paix, de concorde, d’harmonie, où tous les instincts guerriers de l’homme seraient utilisés exclusivement pour vaincre les causes de ses souffrances et de ses misères, pour surmonter ses faiblesses et ses ignorances, pour triompher de ses limitations et de ses incapacités ; un lieu où les besoins de l’esprit et le souci du progrès primeraient la satisfaction des désirs et des passions, la recherche des plaisirs et de la jouissance matérielle.Dans cet endroit, les enfants pourraient croître et se développer intégralement sans perdre le contact avec leur âme ; l’instruction serait donnée, non en vue de passer des examens ou d’obtenir des certificats et des postes, mais pour enrichir les facultés existantes et en faire naître de nouvelles. Dans ce lieu, les titres et les situations seraient remplacés par des occasions de servir et d’organiser ; il y serait pourvu aux besoins du corps également pour tous, et la supériorité intellectuelle, morale et spirituelle se traduirait dans l’organisation générale, non par une augmentation des plaisirs et des pouvoirs de la vie, mais par un accroissement des devoirs et des responsabilités. La beauté sous toutes ses formes artistiques – peinture, sculpture, musique, littérature – serait accessible à tous également, la faculté de participer aux joies qu’elle donne étant limitée uniquement par la capacité de chacun et non par la position sociale ou financière. Car dans ce lieu idéal, l’argent ne serait plus le souverain seigneur ; la valeur individuelle aurait une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale.
 Le travail n’y serait pas le moyen de gagner sa vie, mais le moyen de s’exprimer et de développer ses capacités et ses possibilités, tout en rendant service à l’ensemble du groupe qui, de son côté, pourvoirait aux besoins de l’existence et au cadre d’action de chacun. En résumé, ce serait un endroit où les relations entre êtres humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation pour bien faire, de collaboration et de réelle fraternité. La terre n’est pas prête pour réaliser un semblable idéal, parce que l’humanité ne possède pas encore la connaissance suffisante pour le comprendre et l’adopter, ni la force consciente indispensable à son exécution ; et, c’est pourquoi je l’appelle un rêve. Pourtant, ce rêve est en voie de devenir une réalité ; et c’est pour cela que nous nous efforçons à l’Ashram de Sri Aurobindo, sur une toute petite échelle à la mesure de nos moyens réduits. La réalisation est certes loin d’être parfaite, mais elle est progressive ; et, petit à petit, nous nous avançons vers notre but qui, nous l’espérons, pourra un jour être présenté au monde comme un moyen pratique et efficace de sortir du chaos actuel, pour naître à une vie nouvelle plus harmonieuse et plus vraie ». (Texte écrit en août 1954)

 Auroville aujourd’hui :
Auroville est un mélange d’habitations grand luxe avec villas, piscines, qui côtoient des huttes de branches d’arbres. Des gardiens surveillent les accès à des entreprises… Me voici intrigué et je découvre l’usine d’assemblage d’ordinateurs qui a été récompensée par le gouvernement indien pour être l’une des entreprises les plus performantes d’Inde. Pourquoi les locaux sont-ils vides ? Les problèmes de management seraient-ils arrivés jusqu’ici ? Auroville, ville de progrès où personne ne devrait viser son intérêt personnel, a déjà été confronté aux faiblesses humaines face aux attraits des gains d’argent. Quand l’entreprise est devenue très rentable, rien n’a été plus facile que de la délocaliser là où il était possible de faire des profits personnels… Le « Matrimandir », qui remplit les mêmes fonctions qu’une cathédrale ou qu’une mosquée : lieu de rassemblement pour la méditation.
Le dôme du Matrimandir est composé de pétales recouvertes d’une fine couche d’or, mais que cette beauté extérieure ne nous fasse pas oublier combien tout ce qui vient de la matière est superficiel. La résolution des problèmes liés à la construction a mobilisé beaucoup de personnes, peut-être davantage que le fait de méditer puisque, aujourd’hui, ce sont essentiellement les touristes qui remplissent le lieu… Dans un environnement hostile, quasi-désertique, des pionniers ont réalisé des prouesses techniques en développant une énergie considérable. Résultat : électricité, eau, services administratifs, techniques, etc. ont vu le jour. Que faut-il penser des motivations des Européens qui se sont installés à Auroville ? Ont-ils une volonté de progrès personnel ou collectif ?
Le problème (le terme est faible) de la relation de l’individu à l’argent est loin d’être résolu car dès qu’un Aurovillien possède un bien, il doit se protéger des vols car la délinquance n’a pas disparu. Au contraire, le déballage de moyens financiers importants au sein d’une population très pauvre n’a fait qu’attiser les jalousies. Même au sein d’Auroville, un Indien n’a pas les mêmes possibilités d’action qu’un Européen… par manque d’argent. Auroville n’appartient à personne, mais il faut un visa indien pour y séjourner. Impossible d’ignorer les lois internationales, impossible d’oublier la pollution de l’eau, impossible de ne pas subir les dérèglements climatiques, impossible de fermer les portes d’Auroville au tourisme de masse.

Les effets de la mondialisation sont perceptibles : télévision par satellite, téléphones portables, informatisation du système de réservation des guest-houses qui ont fleuri. Même les mœurs changent : alors qu’il est recommandé aux occidentaux d’avoir une tenue vestimentaire correcte, les strings ont fait leur apparition sur la plage d’Auroville. Certaines femmes ont même essayé les seins nus, fait d’autant plus choquant que la plage est fréquentée par les indiennes qui se baignent complètement habillées. Les mentalités changeront et s’adapteront certainement au fil du temps. Loin d’y voir un mal, c’est l’occasion de comprendre la nécessité d’échanges plus nombreux entre civilisations différentes, non pas pour y imposer une façon de voir personnelle, mais pour comprendre que la richesse vient de la diversité et que la tolérance est à la base des relations harmonieuses entre individus. Il m’est difficile de dire que j’ai rencontré à Auroville des hommes qui m’ont fait ressentir cette émotion communicative…

Auroville est un microcosme, qui aurait voulu faire l’économie des échanges commerciaux de type traditionnel. Mais, il est impossible de vivre en autarcie et la solidarité des hommes de toute la terre est aujourd’hui indispensable à son évolution. Faut-il qu’il y ait d’autres Auroville ? Peut-on considérer Auroville comme un laboratoire ? Selon moi, le laboratoire d’expérimentation est l’homme et c’est en apprenant à se connaître que l’homme s’améliorera. Auroville se voulait un lieu de progrès, mais, en s’isolant, Auroville court le risque de se voir dépassée par le progrès des autres régions de l’Inde et des autres pays. Ce qui était extraordinaire il y a 20 ans ne l’est plus aujourd’hui. La volonté de travailler à la construction dans un désert nécessite une âme de pionnier. Aujourd’hui, il faut assurer le quotidien et c’est maintenant que la croissance va confronter les Aurovilliens à de nouveaux défis : faire vivre 50 000 personnes de plus dans un pays où on sait ce que veut dire « surpopulation ». En France, les problèmes d’hébergement de masse ont entraîné l’arrivée de barres de béton. A Auroville, ils envisagent la construction des premiers appartements. Comment vont-ils vivre l’expérience de la co-propriété collective

Auroville En Pratique
En visite à Auroville :Où se trouve la ville?
Auroville est située en Inde du Sud, à 150 kms au sud de Chennai (Madras) et à environ 10 kms au nord de Pondichéry. Le voyage depuis Chennai prend environ 3 heures. Les bus depuis Chennai sont fréquents et le prix du billet est d’environ 80 Rs (1,2 Euro) Un taxi à partir de l’aéroport jusqu’à Auroville coûte à peu près 2000 Rs (30 Euros); mais il est préférable de réserver un taxi d’Auroville (moins cher 1700 Rs) qui viendra vous chercher et saura vous conduire dans Auroville. Vous pouvez contacter votre guest house qui s’en occupera. Le chauffeur du transport service d’Auroville passe en tout 8 heures pour venir vous chercher, 3 h à l’aller, 3 h au retour, 2 heures d’attente à l’aéroport. Ce travail se fait souvent la nuit, c’est un travail difficile mais il le fait avec le sourire. Alors n’hésitez pas à lui donner un bon pourboire de 150 ou 200 Rs, à peine 2 ou 3 euros.  
Auroville a un caractère rural. La ville se compose d’une centaine de petites communautés qui sont éparpillées sur 20 km² ?. Seulement un peu plus de 15 km² appartiennent à la ville, et le reste des terres est encore la propriété des villages de la périphérie d’Auroville. Les distances entre les différentes communautés peuvent atteindre 5 à 6 kilomètres.

Le climat
Le climat d’Auroville est sub-tropical. De décembre à mars la température pendant la journée varie de 24°C à 30°C. A partir du mois d’avril elle s’élève progressivement et peut atteindre 40°C en mai et juin ; En juillet des pluies occasionnelles la font baisser. La nuit la température diminue d’au moins 5°C. La mousson débute vers la mi-octobre et se prolonge jusqu’à la mi-décembre.
 
Entre les lignes
Au premier abord, Auroville peut apparaître assez incompréhensible. C’est une expérience intense et stimulante qui tente l’impossible : réaliser l’unité humaine et changer la nature de l’homme. Pour pouvoir mieux comprendre cette aventure il faut être prêt à y participer activement. D’autre part, la signification profonde d’Auroville n’est manifeste que dans la perspective de la vision de Mère et de Sri Aurobindo, vision qui a incité des hommes et des femmes, venus du monde entier, à rallier ce « laboratoire de l’évolution ».

Pour les visiteurs
Les visiteurs d’Auroville sont parfois déçus de ne pas trouver ici un ashram avec toutes les activités qui en découleraient selon eux. Auroville est différent de l’ashram de Sri Aurobindo situé à Pondichéry. Le but d’Auroville est l’Unité Humaine et le « yoga » qui est un des moyens d’y parvenir dépend de chacun. Sri Aurobindo a dit : « Il y a autant de yoga qu’il y a d’individus ».
Ensuite, bien que figurant dans de nombreux livres de voyage ou de guides touristiques Auroville n’est pas un lieu de tourisme habituel et les Auroviliens ne consacrent guère de temps et d’énergie à l’accueil des touristes.
Il est recommandé aux visiteurs de se rendre au Centre des Visiteurs (Visitors Center) qui est ouvert tous les jours entre 9h et 17h30. Ils y trouveront des renseignements, des expositions et une vidéo sur la ville, ainsi qu’une cafétéria et des boutiques.
Ceux qui viennent avec une aspiration plus réelle pour l’expérience d’Auroville, et qui voudraient découvrir une ou plusieurs activités d’Auroville peuvent prendre rendez-vous avec les unités qui les intéressent au bureau de renseignements du Centre des Visiteurs.
Les personnes résidant dans une maison d’hôte peuvent participer aux activités et travaux à Auroville. Une liste des taches à assumer et le nom des communautés se trouve au centre des visiteurs.  

Logements
Des logements pour les visiteurs sont prévus dans de nombreuses communautés. Les prix varient entre 180 et 800 Rs (3 à 12 Euros) par personne et par nuit selon la qualité du logement et des services offerts. Il est recommandé de réserver d’avance, surtout pendant les saisons touristiques entre décembre et mars et entre août et septembre. Cela peut se faire par l’intermédiaire du Service des Visiteurs (Auroville Guest Service) qui se trouve au premier étage de la Cuisine Solaire (Solar Kitchen) ( avguests@auroville.org.in This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ), ou en contactant directement le gite où l’on voudrait résider.
La liste des maisons d’hôtes se trouve dans le site internet  d’Auroville, et nous pouvons aussi vous l’envoyer en pièce jointe par e mail ou par courrier, sur demande.

Contribution des visiteurs
Chaque visiteur, comme tous les Auroviliens, doit contribuer financièrement à l’entretien et au développement de l’infrastructure et des services publics de la ville (eau, routes, électricité, reboisement, fermes, éducation, cinéma, video room ..etc.)
Pour le moment, les visiteurs sont invités à verser une contribution de 100 Rs (1,5 Euros) par jour par adulte et de 50 Rs par adolescent entre 12 et 19 ans. Il n’est rien demandé pour les enfants au-dessous de 12 ans. La contribution pour les étudiants est de 50 Rs par jour. Pour les visiteurs qui séjournent un mois ou davantage la contribution n’est que de 80 Rs.
Cette contribution est une source importante de revenu pour Auroville. Même si vous êtes invités à loger chez un ami, nous vous recommandons de bien vouloir participer.
S’il vous plaît, veuillez bien noter que la contribution à Auroville n’est pas incluse dans le prix du logement.

Carte de visiteur
Lors du paiement de la contribution à Auroville, une carte de visiteurs est délivrée. Cette carte vous servira de laissez-passer. Elle peut être obtenue dans les principaux guest house de la ville, au Service des Visiteurs ou au Service Financier (Financial Service) qui se trouve soit au Town Hall soit près d’Aspiration. Ce laissez-passer vous permettra de circuler plus librement dans la ville car pour accéder à certains équipements ou services collectifs vous devrez le présenter.
Il est recommandé d’ouvrir un compte au financial service car la plupart des services d’Auroville n’accepte pas d’argent. Les paiements se font par le débit de votre compte. 

Une idée des prix
Un repas végétarien à la Cuisine Solaire collective coûte 70 Rs (1 Euros) sur présentation de la Carte de Visiteur.
Un bon repas à Pondichéry coûte environ 250 Rs (4 Euros) ou plus selon la qualité du restaurant.
La location d’une bicyclette coûte environ 20 Rs par jour ; celle d’un cyclomoteur environ 100 Rs.
Il existe maintenant une navette dans des bus d’Auroville, vers Pondichéry, 2 fois par jour. Le ticket d’un trajet coûte 25 Rs. Vous pouvez acheter un carnet de 10 tickets.
Pour les classes de yoga, danse, etc. une contribution de 60 à 100 Rs est généralement demandée sur présentation de la Carte de Visiteur.
Le coût d’un massage est d’environ 600 Rs (10 Euros).

Activités
Consultez au Centre des Visiteurs le tableau d’affichage des activités et des programmes qui sont proposés aux nouveaux venus et aux visiteurs.
Souvenez-vous que le Service des Visiteurs donne des renseignements et des conseils utiles.

 
Guestweek : Une ballade de 5 jours en bicyclette à travers Auroville. Pour plus de renseignements veuillez contacter : ambre@auroville.org.in This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it

Pitanga Hall (Samasti) : expositions, hatha yoga, danse, t’ai chi et massages.
Le Centre de Santé de Quiet propose une grande variété de traitements ainsi que des cours.
Vérité: yoga, créativité, méditation vipassana, ateliers de régénération. Pour plus de renseignements sur ces programmes contactez directement la communauté de Vérité.

 
Bibliothèques
La Bibliothèque d’Auroville prête des livres aux visiteurs sur présentation de la Carte de Visiteur.
Le Laboratoire de l’Evolution (LOE) prête des livres aux visiteurs contre une caution de 200 Rs.
Au Town Hall, il y a aussi un service de prêt de CD de musiques et des vidéos. 
 Possibilité de travail
Les visiteurs de longue durée qui souhaitent travailler à Auroville peuvent s’adresser au Service des Visiteurs ( avguests@auroville.org.in This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ) ou contacter Connections ( connections@auroville.org.in This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ) qui se trouve dans le bâtiment du SAWCHU au Bharat Nivas. Les étudiants qui choisissent un programme de recherche/travail peuvent contacter Unity ( unity@auroville.org.in This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ) également situé au SAWCHU.

Informations complémentaires
Pour vous protéger des vols occasionnels, on vous conseille de déposer votre passeport, votre billet d’avion, votre argent et vos objets de valeur dans le coffre de votre gite.
A cause d’incidents possibles sur les routes, il est recommandé aux femmes de ne pas se déplacer seules, à pied ou à bicyclette, après le coucher du soleil.
S’il vous plaît, n’encouragez pas la mendicité.
Respectez les coutumes locales. Les femmes indiennes s’habillent avec discrétion et simplicité, il est donc recommandé aux femmes occidentales de faire de même pour ne pas attirer l’attention et créer des malentendus. Ceci s’applique aussi à la plage où le port d’un maillot de bain une pièce est préférable aux deux-pièces.
Le Temps Standard de l’Inde (IST) a 4 heures et demi d’avance en hiver, 3 heures et demi en été sur l’heure française. Exemple : Auroville 16 h, Paris 11 h 30 ou 12 h 30.
Le taux du change est approximativement de Euro 1 = 65 roupies (pour janvier 2009