A quand le remboursement de l’ostéopathie ???


L’ostéopathie consiste à palper le corps du patient pour déceler des tensions ou des déséquilibres, à l’origine de malaises ou de maladies, puis à faire des manipulations pour soulager le patient.

Bien que l’ostéopathie permette de soigner une grande variété d’affections, elle est surtout reconnue par la médecine conventionnelle pour son efficacité contre les douleurs, en particulier les maux de dos.

C’est une « médecine manuelle », avec ses propres modes de diagnostic et de traitement. Elle a été inventée aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle par Andrew Still, médecin et chirurgien. Après le décès de trois de ses enfants et de plusieurs de ses patients, le Dr Still se mit à douter de certains fondements de la médecine qu’il pratiquait et se mit à chercher d’autres voies, probablement dans les anciennes traditions médicales des guérisseurs.

Très attaqué par ses pairs, il devint médecin itinérant et les succès qu’il enregistra le rendirent vite célèbre. Il fonda une école, qui lui permit de former 5000 ostéopathes avant sa mort, survenue en 1917 à l’âge de 89 ans. L’ostéopathie était née, et allait connaître un succès mondial qui n’a fait que s’amplifier avec le temps.

L’école fondée par le Dr Still est toujours en activité, sous le nom de Kirksville College of Osteopathic Medicine.

Voir au-delà de la maladie

L’ostéopathe ne s’intéresse pas simplement à un malaise. Il considère le patient comme un tout devant être évalué dans son ensemble. Il doit découvrir de façon précise l’origine des tensions et des blocages qui restreignent la mobilité des différents tissus.

Les ostéopathes sont donc formés pour acquérir une profonde connaissance des structures corporelles (os, articulations, organes, viscères, muscles, etc.) ainsi qu’une extrême finesse du toucher, capable de détecter des tensions cachées ou des mouvements particulièrement subtils.

Le grand public, lui, ne s’y trompe pas, et pense spontanément « ostéopathie » quand il est touché par des douleurs musculaires. Il est aujourd’hui de notoriété publique que les femmes enceintes ont fortement intérêt à consulter un ostéopathe en prévention des douleurs lombaires, et également pour vérifier la mobilité de leur bassin et de leur axe vertébral. Le déroulement de l’accouchement s’en trouve, en effet, favorisé.

Une discipline suspecte

Et pourtant, malgré ses contributions incontestables au bien-être des malades, l’ostéopathie a longtemps été, en France, considérée comme suspecte par certains membres influents du corps médical.

Bien qu’elle permette souvent d’éviter la prise de coûteux médicaments, et de soins médicaux, elle ne fait l’objet d’aucun remboursement par l’assurance maladie. Les mutuelles, en revanche, qui ont un comportement plus « rationnel » sur le plan financier, ont bien compris que le recours aux médecines naturelles, dont l’ostéopathie, permet de prévenir des prises en charges plus coûteuses et de limiter les rechûtes. Elles sont donc nombreuses aujourd’hui à prendre en charge les honoraires des ostéopathes, en totalité ou en partie, sur présentation d’une facture.

Mais on se demande combien de temps il faudra attendre encore pour que la Sécurité Sociale se rende à l’évidence, et permette enfin le remboursement des frais d’ostéopathie.

Il ne faut pas désespérer néanmoins, les mentalités évoluant aujourd’hui à toute vitesse. Je laisse  mon ami le Dr Gérard Mégret, en témoigner.

Jean-Marc Dupuis

L’OSTÉOPATHIE, COMMENT CA MARCHE… ?, par le Dr Gérard Mégret(*)

La crainte de l’ostéopathie a longtemps été plus répandue dans le corps médical que chez les malades eux-mêmes. Apparente contradiction qu’une analyse plus critique permettra peut-être de résoudre.

En préambule, une banale histoire vraie d’ostéopathie pratique. Depuis quelques semaines, Mr.O. souffre de douleurs dorsales qui se calment à peine quelques heures par jour malgré le classique paracétamol. Il se décide à consulter son médecin, qui après lui avoir examiné la colonne vertébrale, d’une part ne lui trouve ‘’pas grand-chose’’, d’autre part lui propose un traitement anti-inflammatoire de courte durée. Jusqu’alors, rien de surprenant si ce n’est qu’à peine 48h après, ses douleurs s’aggravent. Un proche lui recommande alors, presque sous le manteau, d’aller voir un ostéopathe. Après une heure de bilan et de traitement, manuel bien sûr, Mr. O. se sent déjà nettement soulagé, sinon totalement guéri. De plus, à sa grande surprise, l’oste opathe ne s’est pas dirigé vers ses vertèbres dorsales, mais lui a ‘’travaillé’’ (terminologie très ostéopathique) la sphère digestive et conseillé de consulter…un gastro-entérologue. Cette anecdote pourrait appartenir au quotidien de n’importe quel ostéopathe digne de ce nom.

L’ostéopathie, pourquoi ?

Quelles que soient les explications que je vais vous donner, je vais mécontenter à la fois mes collègues médecins mais aussi mes amis ostéopathes : mon propos paraîtra sans doute partial aux uns, simplificateur aux autres. Mais le but ici n’est pas d’écrire un traité complet sur l’ostéopathie. Je souhaite simplement aider les lecteurs de Santé & Nutrition à y voir plus clair sur les possibilités de traitement qui s’offrent à eux.

Tout d’abord, relevons qu’ »ostéopathie » est un mauvais terme pour ce qu’il est sensé désigner. A l’origine, ‘’ostéo-‘’, donc ‘’os’’ et ‘’-pathe’’, ‘’maladie de…’’. Or, quiconque a consulté un ostéopathe, sait bien que les os ne sont pas seuls en cause et loin s’en faut. Voir notre petite histoire de dos-estomac.

Notre organisme est une structure complexe interactive: toute anomalie d’un de ses composants peut retentir  sur les autres. Quelle qu’en soit la cause, la perte de mobilité naturelle (ce que le langage imagé décrit comme un ‘’blocage’’) des divers organes, de leurs enveloppes et des éléments osseux entre eux, déclenche un dysfonctionnement qui peut aller de la simple gêne aux douleurs polymorphes, voire à des manifestations psychiques, selon la personnalité du sujet.

Cette reconnaissance d’une association obligée entre une anatomie qui nous est commune, l’interdépendance naturelle de fonctionnement entre toutes ses composantes, et l’expression individuelle personnalisée de ses perturbations, fait l’originalité de la démarche ostéopathique et du bilan qu’elle doit établir.

Aussi sous l’expresse réserve que le ou les organes ne soient pas lésés de manière physique ou dans leur chimie interne (jamais un ostéopathe responsable ne prétendra réduire une fracture ou traiter un diabétique), on peut comprendre que des techniques manuelles visant à rétablir l’équilibre et la continuité entre les constituants de notre organisme, puissent aboutir.

Qui pour vous traiter ?

Question délicate s’il en est. Surtout parce l’offre de service n’est pas homogène. Si vous cherchez un médecin, le seul choix se posera entre généraliste et spécialiste. Tout au plus hésiterez-vous entre l’hôpital et le privé. De toute façon, il sera médecin. Mais pour l’ostéopathe… Ostéopathe (50% environ), masseur-kinésithérapeute-ostéopathe (40 %), médecin-ostéopathe (moins de 10 %), infirmier-, pédicure-podologue-, psychologue- ostéopathes ? Il est légitime d’hésiter.

Et pourtant, afin de pratiquer, ils doivent tous avoir obtenu un diplôme désormais officiel, répondant à des critères de formation déterminés. Là se trouve peut-être une garantie minimale. Avant de parvenir à l’ostéopathie, certains ont donc erré, mais heureusement dans le domaine de la Santé. Les autres y sont entrés directement au sortir du lycée, tel un médecin ou un avocat. La cinquantaine d’écoles formatrices (trop, diront les sages de la profession) a ainsi formé un ostéopathe pour 4500 français (en médecine, 1 pour 245). Il y a de ‘’bons ’’ médecins, des bons maçons ou charcutiers, il y a aussi de ‘’bons’’ ostéopathes.

En d’autres termes, dès lors qu’une formation commune, réglementée a été dispensée, le service minimum indispensable semble effectué et viennent ensuite pratique et talent personnel. Donc, si vous souhaitez –j’aborderai ci-après les circonstances – vous confier à un(e) ostéopathe, deux voies possibles : soit vous adresser aux organismes professionnels reconnus (1) qui recensent tout ostéopathe ayant enregistré son diplôme ; soit vous faites appel à un système, certes non réglementaire, totalement aléatoire mais sans doute doté d’une grande fiabilité pragmatique, le bouche-à-oreille (‘’Tu ne connaîtrais pas un bon gynécologue ?’’ Pourquoi pas un bon ostéopathe ?…).

Je n’aurai qu’une recommandation forte : efforcez-vous de consulter un praticien exclusif. Autrement dit et devrais-je me faire honnir par certains, cherchez celui ou celle qui ne pratique que l’ostéopathie. Un kinésithérapeute –ou médecin- qui vous propose ‘’une séance d’ostéopathie’’ ne peut avoir la même approche, pour ne pas dire la compétence, que l’ostéopathe pur et dur qui pratique depuis 15 ou 20 ans. La différence entre le karaoke et le concert.

Dans quelles circonstances se confier à un ostéopathe ?

Vous avez donc la chance d’avoir trouvé l’oiseau rare. Reste à déterminer le bon moment. Autrement dit pour quels type de problèmes ou quelles pathologies pouvez –vous vousadresser à lui ? Là encore, deux attitudes possibles. Certains patients inconditionnels – ou  ayant éprouvé la méthode avec succès – ne se posent pas de questions et face à une douleur lombaire ou abdominale voire même une sinusite courent chez leur ‘’ostéo’’. Le risque est mineur si l’ostéopathe consulté présente les garanties décrites ci-dessus. Car en effet, si l’ostéopathe responsable a le moindre doute sur la possibilité d’une atteinte  organique générant ces symptômes, il va de soi qu’il orientera immédiatement son malade vers le médec in compétent. Je connais nombre d’ostéopathes qui n’ont pas hésité à subir une prothèse de hanche ou une chimiothérapie pour un cancer du sein…

Seconde attitude, plus ‘’retenue’’, le passage par le médecin traitant qui, à son tour, jugera de l’intérêt ou non d’une prise en charge ostéopathique. Il y a quelques années, j’aurais été très sceptique sur l’opportunité de cette démarche : l‘antinomie, pour ne pas dire l’antipathie, médecins-ostéopathes était à son comble. Heureusement, il semble se dessiner un modus vivendi qui ne peut que jouer en faveur du malade. Une enquête d’opinion effectuée auprès d’une centaine de médecins généralistes parisiens a montré que 84% d’entre eux ont un avis positif sur l’ostéopathie -63% la trouvent ‘’utile’’ et 27% ‘’nécessaire (2)’’. Chiffres inimaginables il y a une décenni e.

Il reste à souhaiter que votre médecin traitant appartienne à ces 84 %. Reste une catégorie de malades quantitativement difficile à chiffrer : ceux qui décident ‘’autoritairement’’. Pour des raisons parfois logiques et le reste du temps basées sur de pures convictions, ils choisissent d’emblée l’ostéopathe en fonction de symptômes qu’ils présentent. Avec une forte inclination pour l’équation ostéopathie-problèmes osseux…Cela est mieux que rien. Et sans doute notre ostéopathe sérieux pourra-t-il ,au fur et à mesure des séances, élargir l’horizon ostéopathique du patient confiné à l’os et articulations ?

Dr. Gérard MEGRET.

Pour en savoir plus consultez le site : www.osteopathe-france.net

(1) R.O.F (Registre des Ostéopathes de France) : www.osteopathie.org

U.F.O.F (Union Fédérale des Ostéopathes de France) : www.osteofrance.com

S.F.D.O (Syndicat Français des Ostéopathes) : www.osteopathe-syndicat.fr

(2) APOSTIL. Automne 2010, n°21. Laetitia de Laroullière, Thibault Heimberger. « L’ostéopathie. Ce que savent les médecins. Enquête auprès de 112 médecins généralistes de Paris » p.25-27.

* Né en 1945, Gérard Mégret a été médecin libéral et hospitalier à l’AP-HP, puis à l’Hôpital d’Antony. Nommé en 2002 directeur médical du groupe de presse et d’édition Médica-Press puis Vivactis Média, il devient rédacteur en chef de la revue généraliste « Correspondance en Médecine », poste qu’il assurera jusqu’en 2006. Il quitte alors l’entreprise pour le site Mediscoop/Sante.net dans lequel il réalise une page quotidienne d’analyse-rédaction d’articles issus de la recherche médicale.

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Une réponse à “A quand le remboursement de l’ostéopathie ???

  1. A l'Ecole D'une Médium

    Qu’est ce que j’aimerai… Et oui à quand ?
    😉

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