Les coopératives Longo Maï


Historique

Longo Maï (« longtemps encore » en occitan) est le fruit de la révolte de mai 1968 qui a secoué toute l’Europe. Mais l’origine du groupe se trouve en Suisse et en Autriche où des groupes d’extrême-gauche se battent contre l’Etat. En Autriche, le groupe « Spartakus » mène la vie dure aux groupes nazis toujours très actifs, alors qu’en Suisse, le groupe « Hydra7′ mène des actions dans le domaine social. Ce dernier groupe dispose en Suisse d’une organisation bien structurée et notamment d’un système de collecte d’argent parfaitement rodé, pour mener ses campagnes. Ces deux groupes de « personnes libres » sont en confrontation permanente avec les autorités.
L’arrivée de ces groupes, de langue allemande, en région provençale va être le fait d’une rencontre avec Roland Perrot, dit « Rémi » dit « le grand-père », déserteur pendant la guerre d’Algérie, auteur du livre RAS dont Yves Boisset fera un film. Quand arrive la vague de mai 1968, Rémi anime un collectif d’éducateurs en région parisienne. Bien que n’étant adhérent à aucun des groupes actifs de l’époque, il se retrouve responsable du service d’ordre de la Sorbonne. Après la retombée du mouvement, Rémi se réfugie un moment avec quelques copains, en Provence, au pied de la montagne de la Lure. Il y rencontre Giono dont il connaît l’expérience ratée de Contadour, un projet de commune libre menée par le grand écrivain en 1935.
Poursuivi pour ses activités pendant les manifestations de mai 68, il se réfugie en Autriche où il sympathisera avec le groupe Spartakus. Le groupe mène des actions spectaculaires. En 1969, ils interrompent à une cinquantaine une représentation à l’Opéra de Vienne pour dénoncer la présence du Shah d’Iran, ils soutiennent un foyer que Caritas ( 1 ) veut fermer et essaient de développer l’autogestion au sein du groupe. Ils dénoncent le rôle néfaste de l’Eglise en envahissant la cathédrale de Vienne pendant les cérémonies Vendredi saint. Ils s’enferment dans une cage du zoo de Vienne pour protester contre le sort fait aux jeunes dans les maisons de redressement. Ils résistent quatre jours sur le toit d’une usine menacée par les privatisations. Ils pénètrent par surprise sur un plateau de télé et interviennent en direct. En 1971, une manifestation contre l’armée, fief des nazis, rassemble plus de 5000 personnes à Vienne. Les groupes nazis attaquent la manif mais le service d’ordre musclé de Spartakus les met en fuite. Tout cela provoquera de nombreux procès… Le 14 février 1972, des grenades sont lancées par des néo-nazis dans les locaux de Spartakus. C’est un miracle s’il n’y a pas de blessés. Le groupe décide de quitter l’Autriche pour la Suisse où il se réfugie à Bâle dans le groupe Hydra.
A Bâle, le mouvement étudiant « Organisation progressiste de Bâle » fait la promotion de la drogue qui doit détruire le système capitaliste. Deux jeunes viennent de mourir d’overdose. Lors d’une réunion publique de ce groupe, Rémi, présent dans la salle, repère le dealer qui pousse à ce type de revendications et lui donne une grande claque. Cela aura une conséquence : la police suisse va regarder avec plus de sympathie les actions menées par ces gauchistes. Aujourd’hui, la police suisse est la seule en Europe à laisser Longo Maï tranquille. Une partie de ces étudiants constitue alors le groupe Hydra qui mène des actions sociales : occupation d’usines pour dénoncer les conditions de travail des apprentis, boycott des produits de ces usines, vigiles devant l’entreprise. Comme Spartakus qu’ils rencontrent, les militants vont aussi s’intéresser aux maisons pour jeunes délinquants, à l’armée, aux immigrés et à la xénophobie. Les campagnes de boycott vont permettre au groupe de se faire connaître rarement à l’extérieur même des frontières et d’avoir des contacts avec de nombreux autres mouvements qui reprennent leurs revendications (syndicats, gauche chrétienne, etc…)

En 1972, Hydra soutient les ouvriers en lutte de l’usine de Schirmeck qui reprennent avec succès l’usine en autogestion. Aujourd’hui, cette usine existe encore. Cette expérience de reprise d’usine les conduit à prendre contact avec des avocats, des gestionnaires, des conseils en organisation et donne au groupe une grande efficacité. Hydra va alors venir en aide de la même manière à de nombreuses luttes sociales dans toute l’Europe.
Alors que se développent dans toute l’Europe les mouvements terroristes (Baader en Allemagne, Brigades Rouges en Italie), Hydra et Spartakus proposent une autre voie l’autogestion, l’organisation « alternative » et l’humour. En 1972, une réunion se tient pour débattre sur les moyens de renforcer cette organisation « alternative » contre le système dominant. Rémi, qui se souvient de ses rencontres avec Giono, propose alors le concept de « villages pionniers européens » qui puissent servir de lieu de refuge en cas de crise. Une quarantaine de personnes se disent alors intéressées.
Ils cherchent un lieu pour implanter le premier de ces villages. Les gouvernements d’Allemagne, Suisse et Autriche font tout pour faire capoter le projet. Rémi se souvient de ses contacts avec des agriculteurs dans la région de Giono. Il trouve ainsi un terrain sur la colline Zinzine, sur la commune de Limans, près de Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence : 270 hectares avec une ferme en ruine, Grange-Neuve et un pigeonnier au sommet de la colline. Le tout est racheté pour 450 000 F grâce à la revente d’un immeuble qu’Hydra possédait à Bâle et à l’argent mis par chacun.

Comment fonctionne Longo Maï

La première communauté de Longo Maï est ainsi née en 1973 sous la forme d’une société de coopérative ouvrière de production (SCOP). Très vite s’est posée la question de la rémunération des personnes de la communauté : les SCOP sont adaptées à une démarche de partage du pouvoir entre des salariés mais ne permettent pas d’inclure une ouverture aux personnes qui ne travaillent pas dans le groupe. La forme coopérative a été conservée mais avec un statut permettant d’ouvrir les prises de décision à tout le monde. Des distinctions ont été mises en place.

Aujourd’hui, la propriété des lieux est collective sous forme de GFA, groupement foncier agricole. Les différentes productions et la vente extérieure ont gardé une forme coopérative, ces productions ayant pour but de contrôler des filières d’un bout à l’autre pour permettre d’avoir une certaine rentabilité et limiter les intermédiaires. La filière la plus développée aujourd’hui est la laine. Une nouvelle filière est développée autour du commerce des fruits et légumes. Certaines personnes, ayant une activité très particulière, ont opté pour des statuts d’agriculteurs sous forme d’EARL, entreprise agricole a responsabilité limitée. Ces statuts ont évolué depuis les débuts de la communauté, mais se trouvent confrontés à des obstacles juridiques : la communauté n’existe pas légalement et le caractère international de Longo Maï pose, en plus, des problèmes spécifiques : certaines personnes, comme les Suisses, ne peuvent, par exemple vivre dans la communauté de Limans qu’avec le statut de… touristes !
Ces statuts sont une obligation légale… mais dans la pratique, la communauté essaie de développer l’autogestion, c’est-à-dire la participation de tous aux décisions, des délégations de pouvoir limitées dans le temps, une rotation des responsabilités. A ce jour, il existe 5 coopératives Longo Maï en France, une en Suisse, une en Autriche et une en Ukraine. L’ensemble des participants – autour de 200 personnes – se réunissent une fois par an (traditionnellement entre Noël et le jour de l’An, période d’inactivité pour le monde agricole) pour déterminer le programme et se partager les tâches entre les différentes communautés. Par contre, au sein de chaque communauté, les réunions sont quasi-permanentes, le soir, après un repas collectif.
Il y a toutefois des différences entre le discours et la pratique : les gens ont tendance à fonctionner par groupes d’affinités et la rotation des tâches est toute relative : elle est possible, mais elle n’est pas forcément souhaitée. Ainsi, ce sont souvent les mêmes personnes qui s’intéressent aux bêtes ou les mêmes qui vont parler au micro de la communauté de Forcalquier, Radio-Zinzine.

L’accueil des nouveaux arrivants

Une personne qui arrive dans le groupe n’a pas de démarche particulière à faire. Simplement, une présentation rapide des différentes activités lui est faite et ensuite, elle va, au gré des discussions, faire un tour de toutes les tâches de la communauté, visiter les différentes communautés, participer à des actions militantes… La sélection se fait toute seule : soit la personne arrive à sortir des schémas individualistes de la société et s’intègre dans le groupe, soit elle repartira très rapidement d’elle-même. Il est très rare que le groupe ait à discuter de mettre quelqu’un dehors.
La plupart des nouveaux arrivants ne sont pas très politisés : ils savent ce qu’ils ne veulent pas, ils ont souvent une recherche d’un autre mode de vie anti-autoritaire… et soit le déclic se produit dans les discussions politiques de Longo Maï, soit ils continuent leur quête. Les militants politiques sont souvent plus durs à intégrer car ils arrivent de structures qui bien que se disant « différentes » utilisent beaucoup les structures hiérarchiques (ne serait-ce que par la spécialisation des rôles) et ont souvent des idées bien arrêtées.
Concrètement, ce sont surtout les Français qui repartent, peu habitués à ce genre de structures relativement informelles où tout est discuté par tout le monde.

La solidarité avec tous les peuples

L’un des axes de cette communauté est sa volonté de faire rencontrer des peuples de différents pays. Cela s’est traduit évidemment par l’arrivée dans le groupe de personne de nombreux pays et à l’heure actuelle, la communauté de Longo Maï regroupe des gens de 15 nationalités.
Cet internationalisme à la base ne se reconnaît dans aucune idéologie politique actuelle, même si les fondateurs de la communauté sont issus de l’extrême-gauche. Cette volonté de faire de la politique par le bas permet de choisir de nombreux thèmes d’action et d’avoir le relais de nombreux groupes sympathisants. Autour des groupes communautaires, on compte en effet un solide mouvement de soutien qui regroupe plusieurs milliers de personnes dans toute l’Europe. Ce réseau de soutien est l’une des forces de Longo Maï qui bénéficie ainsi d’un important soutien financier et qui peut mener des campagnes avec une efficacité certaine.

 

pour lire la suite :   source http://humanismepur.free.fr/communautes/longo_mai.php

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