Un joyau dans l’abîme


Publié le 24 décembre 2012 par Le Passeur

Peinture d'Odilon RedonPar Alain Degoumois.

Tant de choses sont dites et redites relatives à l’évolution et à la spiritualité. Mais finalement que reste-t-il de nous au sein même de ces flots de suppositions qui engloutissent nos terres intérieures ? Jusqu’à quel point sommes-nous réellement investis de ce que nous lisons et supposons ? Ne serions-nous pas celui qui se raccroche à ce radeau soumis aux orages de l’océan de la désinformation, en croyant que s’offre à nous la terre promise pour nos espoirs déchus ?

Mais derrière tout cela, qu’essayons-nous de faire au travers des mots, si ce n’est de poser dans le monde des petits sachets de lumière qui, un jour, seront ramassés, ouverts et offerts au hasard de la vie et de l’évolution. Petites graines de lumière qui laisseront éclore le germe de l’inconditionnel dans les espaces de nos vies. Mais qu’essayons-nous d’établir comme connexion invisible avec le monde, si ce n’est le signe de notre unité à tous les règnes enfantés par la vie ?

Dans le plus profond silence, lorsque soudainement le monde se tait de prévision et qu’émerge comme sanctuaire la paix du cœur, que reste-t-il de nous et de toutes nos suppositions ? Lorsque nous sommes livrés à nous-mêmes dans nos plus profonds retranchements, là ou ne réside plus rien de nous-mêmes, où toutes croyances ont basculé dans l’arrogance…

Que reste-t-il lorsque nous avons dévêtu le manteau réconfortant des certitudes et sommes livrés au miroir de notre propre et profonde nudité ?

Nous pensions savoir ce qu’est l’intelligence du cœur, l’innocence, nous pensions savoir en répétant par cœur nos Pères, nous pensions devoir aider et changer le monde… Mais vient cet instant ou suspendu entre abîme et certitude, nous n’avons même plus la force de penser.
Une seule certitude prend corps dans tout notre être et s’enracine jusque dans les étoiles : nous ne savons rien !

Et les mots se taisent d’eux-mêmes. Nous rentrons dans le silence et enfilons l’habit du mutisme pour ne plus trahir.
Ce que nous portons en nous est si précieux et si ténu à la fois, que nous ne voudrions pour rien au monde le trahir. Même si nous ne pouvons l’exprimer, il y a quelque chose en nous de si essentiel et de si simple à la fois, que nous souhaiterions en l’instant mourir de cela afin de le retrouver… C’est la vie qui transpire et exhale son parfum à la fois âcre et enivrant.

Tout notre corps et notre pensée se dressent de curiosité face à ce murmure des profondeurs ou s’échouent toutes nos croyances. Serait-ce ce pauvre radeau médusé d’incompréhension qui nous a conduit sur cette berge nouvelle, ou tout reste à découvrir ; nus et tremblant d’étonnement, le regard ouvert et la main offerte au renouveau ?
Le ciel si haut et la terre parfois trop profonde chantent qu’il y a ici et maintenant un joyau qui git dans l’abîme !

*

C’est dans l’abîme qu’il y a matière à vivre. C’est dans l’abîme qu’il y a matière à renaître !
Que sommes-nous venu faire ici en ce monde, habillé d’un habit de chair et de lumière, si ce n’est faire l’expérience de notre propre profondeur ?
… La profondeur muette et inquiétante de l’inconnu, la profondeur muette de ce que nous refusons de voir et d’entendre. La profonde profondeur de l’être qui nous enracine dans la terre et nous donne la force de nous élever vers le ciel dans un jaillissement sublime qui ressemble à l’envol d’un papillon. Un papillon qui surgit soudainement et silencieusement de l’abîme en s’élançant vers les cieux, enivré du parfum de l’éternité. Un papillon enivré certes, mais qui n’a pas brûlé ses ailes et qui fait de son vol une danse de gratitude pour le berceau qui l’a vu naître ; la terre elle-même…

Faire table rase, repartir du point zéro, désapprendre et parler le langage du silence ; tout pardonner !

C’est lorsque le monde perd tout son sens, qu’il revêt un habit nouveau. C’est lorsque plus rien n’a de signification, lorsque même la lumière semble disparaître à tout jamais et l’amour définitivement s’effacer pour laisser place à l’absence la plus lourde et la plus insupportable, qu’apparaît l’indicible et l’insoupçonnable.

*

Après tant et tant de voyages, d’occasions de transhumance saisies qui nous ont conduits et construits parmi les mendiants et les dieux, parmi les hauts faits et les bas fonds de nos existences parfois si fragiles, nous avons appris à acquiescer aux signes de l’invisible. Après tant de blessures qui ont consumé nos vies, nous laissant dans le cœur et le corps des stigmates indélébiles, nous amorçons un tournant majeur de nos vies ; l’oubli et le pardon. Parce que tout simplement plus rien d’autre ne peut être envisagé. Et que le reste des choses que nous pourrions faire n’a plus de véritable visage. Parce que le monde soumis à notre attention est à la fois dévisagé et défiguré.

*

Ne craint pas le voyage. Il te portera plus loin que tous tes acquis de raisons. Ne craint pas le voyage intérieur car il te permettra de mettre fin à toutes tes prétentions de raison.
Il est plus difficile de voyager à l’intérieur de soi que de réaliser des exploits. Il est plus difficile de reconstruire son innocence que de détruire une montagne…
Ne craint pas le voyage, il y a des déserts à traverser et des montagnes à franchir. De l’aridité qui fait de l’eau le plus précieux des trésors, aux froideurs qui font du soleil un Dieu sauveur et resplendissant… Il y a des océans à naviguer qui font de la terre un sanctuaire d’accueil. Il y a des déserts de dunes sauvages et arides qui font de l’océan un paradis de fraîcheur. Et dans ce jeu des contraires et cette danse des paradoxes, se tient l’homme en quête de lui-même qui accueille dans son corps et son âme les conditions extrêmes de son existence pour en extraire un élixir de jouvence…

Peinture d'Odilon RedonC’est cela la vie, et c’est en cette vie que se tient la lumière de nos existences. La lumière, cette lumière à laquelle tout homme aspire et qui souvent lui échappe faute de trop croire. Mais on ne croit pas la lumière, on la laisse être afin qu’elle infuse en nous, sans heurt et sans croyance.
Et nous voilà alors prêt pour le grand voyage, sans bagage et sans rien dans les poches. Nous voilà en partance vers nous-mêmes, sans lien ni rien pour croire…

Et d’une voie d’homme, nous nous tenons face à l’océan des choses et regardons le grand large avec des yeux emplis de prière.

Et nous nous adressons à plus grand que nous-mêmes :

– Voilà, Père, je suis prêt à partir car il ne me reste plus d’attache. Je sens le voyage dans mon corps. Je sens et je sais maintenant que je ne sais rien. Et mon seul livre est la vie elle-même. Père apprends-moi car je suis fatigué de croire. Apprends-moi à lire dans les signes du monde, dans les versets de pluie que chante le ciel, dans les oracles du désert qui soulève des versants de prière.
Père, apprends-moi à accepter l’inacceptable, à dormir sur les pierres de sagesse, à contempler les rides millénaires de la mer et à lire dans les entrailles de la terre, les estampes de l’éternité. Apprends-moi à lire dans les tableaux célestes, les signes de notre humanité et les prémisses de notre fraternité galactique.
Tous les hommes, sans exception aucune, sont mes frères et la séparation n’existe pas.
Père, apprends-moi à aimer par delà les croyances et les acquis de raisons qui entonnent le chant de la déraison. Apprends-moi à composer avec le monde au lieu d’imposer au monde.
Père, apprends-moi à lire dans mes propres espaces intérieures les signes de notre éternité. Il y a tellement de rivages, de visages et de paysages dans le cœur des hommes, qu’il faudra probablement plusieurs vies pour en faire le chemin et la conclusion.
Père, apprends-moi tout simplement…

*

Il y a maintenant un très léger frémissement… L’entendez-vous ? …

Un papillon de couleur blanc et or traverse l’espace. Il nous rend à notre immortalité et à notre innocence…
Et de tout notre être, et de tout notre poids d’homme, nous posons les genoux à terre pour saluer de gratitude ce qui se tient là. C’est vers cela que nous souhaitons diriger nos vies, c’est avec cela que nous souhaitons nourrir notre corps et notre âme…

Et soudainement c’est le ciel entier qui se couvre de papillons, levant autant de prières pour la nouvelle terre…

Fraternellement,

Alain.

Source originale.

 

Source : http://www.urantia-gaia.info (en cas de copie, merci de respecter l’intégralité du texte et de citer la source)

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